Jean-Paul II à la Grotte des apparitions, pèlerin de Lourdes en 2004

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Il y a sept ans, l'hommage de Lourdes au défunt pape Jean-Paul II

Décédé le 2 avril 2005, le pape Jean-Paul II a été inhumé le 8 avril à Rome. La veille de ses funérailles, le Sanctuaire de Lourdes avait tenu à lui rendre hommage. Retour sur cet événement survenu voilà sept ans avec la reproduction de cet article écrit par Laurent Jarneau, le 8 avril 2005.

Le jeudi 7 avril 2005, à l’initiative de Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, qui avait accueilli le Saint-Père les 14 et 15 août derniers à Lourdes, une messe à la mémoire du  pape Jean-Paul II a été célébrée dans le Sanctuaire, à 18h, en présence de milliers de pèlerins et de fidèles du diocèse de Tarbes et Lourdes. Dans son homélie, Mgr Perrier a eu des paroles fortes : "Demain on enterrera un pape, un très grand pape ! un pape très aimé, très vénéré. Mais on n’enterrera pas l’Eglise ! On n’enterrera pas l’Evangile ! On n’enterrera pas le Christ ressuscité ! On n’enterrera pas l’Esprit Saint !" La messe a été concélébrée par Mgr Salvatore Boccaccio, évêque de Frosinone (Italie) ; Mgr Jean Sahuquet, évêque émérite de Tarbes et Lourdes ; Mgr Jean Bonfils, évêque émérite de Nice ; Dom Joël Chauvelot, Père Abbé de Notre-Dame de Tournay ; le Père Henri Joulia, supérieur général de la congrégation des Missionnaires de l’Immaculée Conception ; le Père Jean-Michel Puyau, vicaire général du diocèse de Tarbes et Lourdes ; les Pères chapelains des Sanctuaires Notre-Dame de Lourdes, les prêtres du diocèse de Tarbes et Lourdes et les prêtres en pèlerinage à Lourdes. Après la communion, une image fixe de Jean-Paul II est apparue sur les écrans de la basilique et l’un des chantres des Sanctuaires a entonné le Requiem oeternam dona eis Domine : et lux perpetua lueceat eis. Un grand moment de recueillement, de prière et d’émotion.

L’homélie de Mgr Perrier, eveque de tarbes et lourdes

Voici l’intégralité de l’homélie de Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes, prononcée au cours de cette messe à la mémoire de Jean-Paul II.

Les textes que nous venons d’entendre pourraient prêter à un panégyrique du Saint-Père disparu. Sa vie illustre ce que nous avons entendu dans les Actes des Apôtres (chapitre 5, versets 27 à 33) : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ». Ce fut sa conviction constante. Ce fut ce que certains pouvoirs comprirent dès son élection comme pape. Le passage de l’Evangile de saint Jean (chapitre 10, versets 14 à 18) sur le bon Pasteur, certes ne doit pas s’appliquer de façon trop immédiate à Jean-Paul II : c’est le Christ qui parle de Lui-même  et de sa résurrection : "Ma vie, j’ai le pouvoir de la donner, et le pouvoir de la reprendre". Mais on peut dire que Jean-Paul II fut un bon pasteur qui connaît ses brebis et que ses brebis connaissent. Pour les connaître, il est allé à leur rencontre. Le fait qu’elles le connaissaient explique qu’elles viennent en masse lui rendre hommage aujourd’hui.

"Demain on enterrera un pape, un très grand pape ! un pape très aimé, très vénéré. Mais on n’enterrera pas l’Eglise ! On n’enterrera pas l’Evangile ! On n’enterrera pas le Christ ressuscité ! On n’enterrera pas l’Esprit Saint !"

Mais nous ne sommes pas là ce soir pour un éloge funèbre. Nous sommes là dans le recueillement mais aussi pour continuer de recueillir quelque chose de cet homme qui a su inspirer confiance à ses semblables, ou du moins presque tous, si divers que soient leurs convictions. C’est un des paradoxes de cet homme que d’avoir été si persuadé de son ministère de consolidation de son Eglise - celle qui lui était confiée, celle du Christ -  d’assurer pleinement cette mission en des temps forcément difficiles, et en même temps d’être l’interlocuteur – si ce n’est de tous – du moins de tous ceux qui voulaient bien entrer en dialogue avec lui et qui n’avaient pas une sorte de préjugé, d’a priori, refusant d’entendre et de voir. Hommes à responsabilité politique, économique, sociale, mais aussi penseurs, philosophes, mais aussi artistes, hommes de pensée, mais aussi savants, entrepreneurs, bref aucun des domaines de l’activité humaine ne lui paraissait secondaire, méprisable comme étant en dehors du champ. Car sa pensée profondément unifiée faisait que pour lui, le Rédempteur de l’homme – selon le titre de sa première encyclique – c’était aussi le Créateur, Celui qui s’intéressait à toute chose.

1) Il a toujours placé tout homme devant sa conscience

Je résumerai aujourd’hui ce message en deux mots que tous ses interlocuteurs, quels qu’ils soient, peuvent entendre : il était un homme d’exigence et un homme de confiance. L’exigence… L’exigence à l’égard de chacun. Ce n’est pas parce que ses interlocuteurs ne partageaient pas sa foi ou avaient une toute autre responsabilité que la sienne, qu’il s’en tenait à des paroles banales, des paroles de pure courtoisie ou des paroles destinées simplement à faire qu’il n’y ait pas de remous. Il a toujours placé tout homme, quel qu’il soit, devant sa conscience. Ce mot je crois était pour lui absolument central. Il l’était tant dans sa pensée philosophique que dans sa réflexion théologique et dans sa responsabilité pastorale. Et si un certain nombre de ses positions n’ont pas été comprises, c’est peut-être parce qu’on a fait l’économie de cet apparent détour de la conscience. Comme elle est fragile, la conscience de l’homme ! Comme il peut être plus sécurisant de s’appuyer sur des mécanismes plus anonymes, plus collectifs, plus mécaniques ! Lui a toujours fait appel à la conscience. La conscience n’est pas Dieu mais c’est dans la conscience seule que Dieu peut appeler librement à la foi.

Jean-Paul II à la Grotte des apparitions de Lourdes en 1983

Jean-Paul II à la Grotte des apparitions de Lourdes en 1983, par sanctuaire

2) Il a tenu haute la lumière du Christ et de l’Evangile

 Exigence envers tout homme. Exigence envers l’Eglise et ses frères catholiques. Ses frères, ses fils. Je crois que nous ressentons aujourd’hui plus particulièrement notre responsabilité car nous sommes tous obligés de nous interroger sur ce qui se passe, sur ce que nous voyons ces jours-ci et que nul ne pouvait prévoir. Là, on ne parlera plus de l’attrait médiatique ou charismatique d’un homme. Pourquoi du monde entier tant de voix se lèvent-elles ? Sans doute parce qu’en cet homme – avec ses dons exceptionnels, c’est vrai – quelque chose est reconnu de la valeur de l’Evangile. Il est reconnu, cet homme qui vient de disparaître, pas seulement comme un homme exceptionnel mais comme celui qui peut-être de façon exceptionnelle a tenu haute la lumière du Christ, la lumière de l’Evangile. Beaucoup pensent que cette lumière peut au moins indirectement éclairer leur route d’homme souvent si difficile, si obscure. Ce que le Pape Jean-Paul II a représenté de façon charismatique, c’est aussi la responsabilité de toute l’Eglise. Ce sera la responsabilité de son successeur, mais ce sera la responsabilité de toute l’Eglise. Il  y a une véritable attente. Cette attente à laquelle il s’est pour sa part consacré – en tout cas en s’y dévouant jusqu’à son dernier souffle – et à laquelle nous sommes tous appelés, nous en sommes nous aussi comptables, pas seulement pour nous-mêmes mais pour nos frères humains. Ce ne sera pas pour l’histoire- elle est abstraite -  mais pour nos frères humains.

3) La confiance malgré tout

L’exigence. Une exigence qui se marie avec la confiance. On retrouve d’ailleurs là, si j’ose dire, le portrait de Jésus : combien il fut exigeant et en même temps combien il faisait confiance. Il était même d’autant plus exigeant qu’il faisait davantage confiance. Les évangiles mentionnent bien souvent les regards de Jésus sur ses interlocuteurs : un regard qui inspirait la confiance, qui exprimait sa confiance. Tous ceux qui ont eu la chance, la grâce, de rencontrer face à face Jean-Paul II jusque dans les derniers temps ont toujours été, non pas fascinés par un regard qui paralyse, mais réconfortés, revigorés par un regard, fraternel, amical, chaleureux. Jamais dans son œil, envers quiconque, ne s’est manifesté la colère. Il a poussé des colères quand des mesures étaient prises dans le mépris de l’homme ! Il s'est emporté contre la guerre, contre l'injustice, contre l'oppression, contre le mépris de l'homme. Mais jamais lui-même n’a méprisé aucune personne. Devant lui, chacun était quelqu’un de respectable. Tout homme est respectable parce qu’il est créé à l’image, à la ressemblance de Dieu. La confiance. Il n’a cessé de faire preuve de confiance. Il avait une vision lucide de l’humanité. Il avait l’expérience de deux totalitarismes et il voyait se répandre un gouvernement matérialiste et purement économique du monde qu’il condamnait tout autant. Il n’avait donc pas une vision optimiste du monde car il savait que l’histoire et le monde peuvent être non seulement dramatiques mais tragiques. Cependant, jusqu’au bout, il aura été un homme de confiance qui invitait les hommes à faire confiance. Ce n’était nullement un homme du désespoir ou de la résignation. Il pensait qu’en tout homme il y avait toujours une trace de Dieu, il y avait toujours une quête du  bien, du beau, du vrai et ceci quels que soient les chemins. S’il n’y a pas de confiance, il n’y a pas de justice ! S’il n’y a pas de confiance, il n’y  a pas de paix ! S’il n’y a pas de confiance, il n’y a pas de liberté ! Les totalitarismes se sont toujours construits sur le mépris de l’homme ! et la défiance à l’égard de l’homme.

4) Demain on enterrera un très grand pape mais on n’enterrera pas l’Eglise !

Il aura été jusqu’au bout un homme de confiance. Cette confiance, nous aussi, dans l’Eglise, nous devons aujourd’hui en faire preuve.  Il a fait confiance à l’homme, il a fait confiance à Dieu. Pour lui, c’était inséparable puisque l’homme est à l’image de Dieu. Une image défigurée, mais une image tout de même. Confiance en Dieu, confiance en l’Esprit Saint ! Aujourd’hui, nous sommes dans la peine. Demain on enterrera un pape, un très grand pape ! un pape très aimé, très vénéré. Mais on n’enterrera pas l’Eglise ! On n’enterrera pas l’Evangile ! On n’enterrera pas le Christ ressuscité ! On n’enterrera pas l’Esprit Saint ! C’est pourquoi aujourd’hui déjà, dans la prière eucharistique, nous prierons pour son successeur. Celui que Dieu prépare. Celui que Dieu donnera, à travers la voix des cardinaux, comme successeur de Jean-Paul II après tant d’autres ! et donnera comme successeur à Pierre. Mais si les papes se succèdent, ils ne succèdent pas au Christ ! Ils ne succèdent pas au Christ : le Christ aujourd’hui même construit son Eglise. « Tu es Pierre et sur cette pierre, JE bâtirai MON Eglise ». C’est le Christ ressuscité  qui est la pierre d’angle de son Eglise. En Lui est notre confiance. Elle est inébranlable.

Mgr Jacques Perrier, évêque de Tarbes et Lourdes

Les intentions de la prière universelle

1ère intention de prière : les religions au service de la paix

Tuer au nom de Dieu est un blasphème. Dès 1986, le pape avait invité les représentants des religions pour un temps de prière et de fraternité. Ce furent les rencontres d’Assise.
Seigneur Jésus, en ta chair, tu as tué la haine. Tu as renversé les barrières. Fais de tous ceux qui cherchent Dieu des instruments de paix. Seigneur, exauce-nous !

2ème intention de prière : de nouvelles relations entre Juifs et chrétiens

Des 26 années où il fut pape, le jour le plus mémorable restera peut-être celui où Jean-Paul II s’est approché du Mur, à Jérusalem. Il a glissé entre les pierres la prière de repentance. N’ayez pas peur, avait-il dit, dès le début. Il n’a pas eu peur.
Seigneur Jésus, fils de Marie, de la lignée de David, rends fécond le geste accompli par ton serviteur Jean-Paul II. Qu’au temps du mépris succède l’estime réciproque de nos richesses spirituelles. Seigneur, écoute-nous !

3ème intention de prière : le service de la vie et de la famille

Pour Jean-Paul II, la sexualité n’était pas un tabou. Elle n’est pas non plus un absolu. La famille et la vie lui donnent tout son sens. Banaliser la sexualité, déconstruire la famille, manipuler la vie : attention, danger !
Seigneur Jésus, tu nous révèles en plénitude la beauté et la grandeur de l’être humain. Tout homme est une histoire sacrée. Rends-nous ambitieux au service de la vie et pour construire, dans l’amour et la fidélité, les familles de l’avenir. Seigneur, fortifie-nous !

4ème intention de prière : l’amour des pauvres

Où qu’il aille, le pape allait à la rencontre des « blessés de la vie ». Sa présence, ses gestes et ses paroles, son regard surtout leur rendaient la certitude de leur dignité.
Seigneur Jésus, tu nous as dit : « Venez à moi, vous tous qui peinez ! » A ton exemple, ouvre nos yeux à toute détresse, donne-nous de servir nos frères avec un cœur sincère et une volonté résolue. Seigneur, entraîne-nous !

5ème intention de prière : la confiance dans les jeunes

Jean-Paul II restera l’inventeur des JMJ. Il les a voulues, non seulement pour les jeunes, mais avec les jeunes et par eux. Il leur parlait vrai, parce qu’il n’avait pas peur des jeunes. A ses yeux, ils avaient les couleurs de l’espérance.
Seigneur Jésus, tu as voulu appeler le jeune homme de l’Evangile à quitter ses richesses passagères, à tout donner et à te suivre. Révèle aux jeunes de notre temps la joie de s’engager vraiment, à ta suite. Et nous tous, rends-nous jeunes de cœur. Seigneur, réveille-nous !

6ème intention de prière : malade parmi les malades

Jean-Paul II n’a jamais eu honte de son état. Dans les longues années de sa maladie, dans la souffrance et jusque dans le silence des derniers jours, il a continué de vivre pour Dieu et pour nous. Sa vie tout entière fut une offrande.
Seigneur Jésus, toi le plus beau des enfants des hommes, tu as été le serviteur souffrant dont l’extérieur n’avait rien pour nous plaire. Que nos frères et sœurs malades trouvent en lui un sens à ce qu’ils souffrent. Toi qui es la Résurrection et la Vie, Seigneur, sauve-nous !

7ème intention de prière : l’importance de la culture, des arts et des médias

Pour Jean-Paul II, philosophe, poète, acteur de théâtre, un peuple vit d’abord par sa culture. La culture n’est pas renfermée seulement dans les musées. Elle doit communiquer par les moyens d’aujourd’hui : Jean-Paul II ne s’en est pas privé.
Seigneur Jésus, tu es la Sagesse et la Parole de Dieu. En toi réside la plénitude de la Beauté et de la Vérité. L’humanité tâtonne à leur recherche. Que ton Esprit nous guide et que ton Eglise soit un signe vers toi qui es le Chemin. Seigneur, éclaire-nous !

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