Dimanche 28 octobre : clôture du Synode sur les jeunes Synthèse du document final

Publié le 29 octobre 2018 - 16:16

Composé de trois parties, 12 chapitres, 167 paragraphes, 60 pages, le samedi 27 octobre, le Saint-Siège a publié, en italien, le document final du Synode des évêques sur « les jeunes, la foi et le discernement » (3-28 octobre). Le texte a été voté dans l’après-midi du 27 octobre, en Salle du Synode, et le Document a été remis au Pape, qui en a aussitôt autorisé la publication. Petite synthèse.

En premier lieu, le Document final du Synode regarde le contexte dans lequel vivent les jeunes, qui veulent être «écoutés, reconnus, accompagnés» et désirent que leur voix soit considérée comme «intéressante et utile dans le domaine social et ecclésial». L’Église n’a pas toujours eu cette attitude, reconnaît le Synode : souvent, les prêtres et les évêques, pris par de nombreux engagements, ont du mal à trouver du temps pour le service de l’écoute. Il faut donc former de façon adéquate des laïcs, hommes et femmes, qui soient en mesure d’accompagner les jeunes générations.

L’école et la paroisse 

Dans un monde dans lequel tout est lié – famille, travail, défense de l’embryon et du migrant -, les évêques rappellent le rôle irremplaçable des écoles et des universités où les jeunes passent beaucoup de temps. La paroisse a aussi son rôle : «Église dans le territoire», elle doit repenser sa vocation missionnaire, surtout dans le domaine de la catéchèse.

Les migrants

Les migrants sont aussi une opportunité d’enrichissement pour les communautés et les sociétés dans lesquelles ils arrivent et qui peuvent être revitalisées par eux, est-il rappelé dans le Document, où résonnent les verbes synodaux «accueillir, protéger, promouvoir, intégrer», indiqués par le Pape François pour une culture qui puisse surmonter les défiances et les peurs.

 Abus : faire la vérité et demander pardon

Le Document développe une large réflexion sur les «différents types d’abus» (de pouvoir, économiques, de conscience, sexuels) commis par certains évêques, prêtres, religieux et laïcs. Pour les victimes, cela provoque des souffrances qui «peuvent durer toute la vie et pour lesquelles aucun repentir n’apporte de remède». Le Synode appelle à «un ferme engagement pour l’adoption de mesures rigoureuses de prévention qui puissent empêcher la répétition de ces actes, à partir de la sélection et de la formation de ceux à qui seront confiés des devoirs de responsabilité et d’éducation». Toutefois, le Document n’oublie pas les si nombreux laïcs, prêtres, consacrés et évêques qui se dédient chaque jour avec honnêteté au service du prochain, et qui peuvent offrir «une aide précieuse» pour une «réforme d’une portée historique» dans ce domaine.

La famille

La famille est le principal point de référence pour les jeunes, la première communauté de foi, une «Église domestique». Le Synode rappelle en particulier le rôle des grands-parents dans l’éducation religieuse et dans la transmission de la foi, et met en garde contre l’affaiblissement de la figure paternelle et ces adultes qui adoptent un style de vie marqué par une forme de “jeunisme”.

Le Pape posant avec les participants au Synode, le 27 octobre 2018 (Vatican Media)

 L’écologie, la musique et le sport sont des «ressources pastorales»

L’Église doit lancer un appel à la conversion et à la solidarité, en devenant une alternative concrète face aux situations de malaise. Les domaines dans lesquels l’engagement des jeunes réussit à s’exprimer avec originalité ne manquent pas : le volontariat, l’attention aux thèmes écologiques, l’engagement en politique pour la construction du bien commun, la promotion de la justice, pour laquelle les jeunes demandent à l’Église «un engagement décidé et cohérent».
L’Église invite à ne pas sous-évaluer les potentialités éducatives, de formation et d’inclusion, dans l’activité sportive. La musique peut être une «ressource pastorale» qui interpelle aussi en vue d’un renouvellement liturgique, parce que les jeunes ont le désir d’une «liturgie vivante», authentique et joyeuse, un moment de rencontre avec Dieu et avec la communauté.

Mission et vocation

Une autre «boussole sûre» pour la jeunesse est la mission, un don de soi qui mène à un bonheur authentique et durable, parce que la vraie liberté est possible seulement en relation à la vérité et à la charité. Le concept de vocation est aussi lié à celui de mission : chaque vie est vocation en rapport à Dieu et chaque vocation baptismale est un appel à la sainteté. Chacun peut vivre sa propre vocation spécifique dans tout domaine : la profession, la famille, la vie consacrée, le ministère ordonné et le diaconat permanent…

L’accompagnement

Le Synode promeut un accompagnement intégral centré sur la prière et le travail intérieur. Les accompagnateurs doivent être conscients de leurs propres fragilité, et, «sans moralisme et sans fausses indulgences», savoir corriger fraternellement et s’abstenir de toute attitude de manipulation.
«Ce profond respect sera la meilleure garantie contre le risque d’abus en tout genre», est-il écrit dans ce texte. Le discernement est un lieu de «lutte spirituelle» qui doit aussi prendre en compte la vie fraternelle et le service des pauvres comme des bancs d’épreuve. Sur un plan ecclésial, il faut repenser la pastorale des jeunes et mieux définir les structures de discernement vocationnel, au niveau des conférences épiscopales. Le Document mentionne aussi l’importance des JMJ.

Le défi numérique

Le Document rappelle l’importance du monde numérique dans la vie quotidienne des jeunes. Malgré tous les aspects négatifs et les vrais dangers d’internet (solitude, manipulation, exploitation, violence, chantage, pornographie…), ces outils sont appelés à être des outils d’évangélisation. Le Document mentionne aussi l’idée d’un système de certification des sites catholiques, afin de contrer la diffusion de «fake news» concernant l’Église. La protection des mineurs doit aussi être une priorité sur internet.

Reconnaître et valoriser les femmes dans la société et dans l’Église

«Une présence féminine dans les organes ecclésiaux à tous les niveaux, ainsi que dans des fonctions de responsabilité» et «une participation féminine aux processus décisionnels ecclésiaux, dans le respect du rôle du ministre ordonné» sont souhaités dans ce texte, qui rappelle qu’il s’agit ici d’un «devoir de justice qui trouve son inspiration en Jésus et dans la Bible».

Le Pape saluant une jeune auditrice américaine, lors de la session conclusive du 27 octobre 2018. (Vatican Media)

Corps, sexualité et affectivité

Le Document s’arrête sur le thème de la sexualité, en évoquant les interrogations éthiques soulevées par certaines évolutions des techniques médicales et en évoquant les dangers de phénomènes comme le tourisme sexuel et la pornographie en ligne, mais surtout en rappelant que les familles et les communautés chrétiennes doivent faire découvrir aux jeunes que la sexualité est un don. L’Église est souvent perçue comme «un espace de jugement et de condamnation», alors que les jeunes recherchent «une parole claire, humaine et empathique», et «expriment un désir explicite de débat sur les questions relatives à la différence entre l’identité masculine et féminine, à la réciprocité entre les hommes et les femmes, ou à l’homosexualité». Le Synode «réaffirme la portée anthropologique déterminante de la différence et de la réciprocité homme-femme, et considère réducteur de définir les personnes uniquement à partir de leur orientation sexuelle». Chaque jeune, sans aucune exclusion, doit être aidé à intégrer toujours plus la dimension sexuelle dans sa propre personnalité, «en grandissant dans la qualité des relations et en cheminant vers le don de lui-même».

L’accompagnement vocationnel

Le Document évoque le besoin d’un accompagnement plus structuré avant et après le mariage, et encourage la constitution d’équipes éducatives, qui puissent inclure des figures féminines et des couples chrétiens, ainsi que pour la formation de séminaristes et de consacrées, afin de surmonter les tendances au cléricalisme.

Appelés à la sainteté

«Les diversités vocationnelles se rassemblent dans l’appel unique et universel à la sainteté. Malheureusement le monde est indigné par les abus de certaines personnes de l’Église plutôt que ravivé par la sainteté de ses membres», est-il écrit dans la conclusion du Document final. L’Église est donc appelée à «un changement de perspective». Les jeunes ont besoin de saints qui forment d’autres saints, montrant ainsi que « la sainteté est le plus beau visage de l’Eglise » (Pape François, Gaudete et exsultate, n. 9). Le baume de sainteté généré par la vie bonne de tant de jeunes peut guérir les plaies de l’Église et du monde.

« Vous êtes le présent, illuminez maintenant notre avenir » : c’est l’encouragement des Pères synodaux aux jeunes, à la conclusion du Synode qui leur a été dédié au Vatican. « L’Église et le monde ont un besoin urgent de votre enthousiasme », affirment-ils.